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« OUR TIME WILL COME » DE ANN HUI EN OUVERTURE DE HONG KONG CINEMA 1997 - 2017 UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CINÉASTES A LA CINEMATHEQUE
Hong Kong Cinema célébrait avec la Cinémathèque française, ce mercredi 20 septembre, deux décennies de cinéma hongkongais consacrant plusieurs cinéastes des années 1990 et une nouvelle génération d'auteurs. Tapis rouge pour Ann Hui à Paris pour l'avant première internationale de Our Time Will Come, son film sorti en Chine le jour des 20 ans de la rétrocession de Hong Kong.
Our Time Will Come de Ann Hui -
Dans le dédale des rues étroites de Hong Kong en 1941, une ancienne maison en pierre. Un poète et son épouse y louent un logement modeste à madame Fong. Mais ici, la vie n'est plus possible pour les intellectuels cibles de l'occupant japonais. Dans le secret, leur départ s'organise. Ils tentent de le faire comprendre à la propriétaire. Au même moment Fang Lang, la fille de madame Fong rompt avec son amoureux qui lui proposait le mariage avant son départ. La fuite du poète, admiré par Fang Lang, se complique. Cette jeune professeure facilite la cavale des deux époux et se retrouve dans la résistance hongkongaise. Elle rejoint alors la guérilla Dongjiang contre l'occupation japonaise entraînant avec elle sa mère dans le Hong Kong des années 1941 à 1945 et la sublime nature alentour.
Fang Lang - Our Time Will Come - Ann Hui - 2017
Our Time Will Come un film dense, intense qui suit deux chemins : celui de madame Fong et de Fang Lang, deux femmes qui assument leurs choix de vie, leur liberté qui vont les mener très loin d'un quotidien plus ordinaire, révélant des qualités qu'elles ne se connaissaient pas. Et celui de Hong Kong qui lutte contre l'occupant en menant une guérilla avec ses héros. La figure narrative du vieil homme, ancien élève de Fang Lang, assure le lien entre passé et présent. De très belles images accompagnent les drames qui se jouent. Avec une scène incroyable, un brin surréaliste, où Fang Lang et le chef de la guérilla en pleine montagne tentent d'échapper à l'armée japonaise. Pris sous le feu des tirs d'armes, ils se laissent glisser sur les pentes accompagnés de la lumière des balles comme des nuées de lucioles.
Ann Hui avec son interprète et JF Rauger - Cinémathèque 20 septembre 2017
Ann Hui a ensuite dialogué avec le public et Jean-François Rauger, assumant pleinement la construction du film à deux histoires. A propos de la musique du film, la réalisatrice a expliqué son choix de ne pas accompagner en musique les scènes où potentiellement il pouvait se passer quelque chose entre Fang Lang et le chef de la guérilla. Elle voulait que la musique du film, représente tous les personnages. La cinéaste a expliqué que ce n'est pas d'elle que vient l'idée de filmer en noir et blanc les séquences avec le vieil homme, mais que cela lui convenait tout à fait. Précisant que dans la vraie vie, cet homme n'était pas l'ancien jeune élève de Fang Lang mais un homme qui avait vécu cette période de 1941-1945. Il est filmé avec d'autres personnes d'un centre de personnes âgées qui discutent entre elles mais pas précisément de Fang Lang et de son élève. Ann Hui a souligné qu'elle s'intéresse davantage aux personnages ordinaires qui évoluent vers d'autres choses. Dans la scène d'attaque de la guérilla dans un café, un des guérillero se sert d'une fausse grenade dans un registre qui ne pourrait pas s'appliquer à un film sur la guerre en France (par exemple) parce que dans le film, il s'agit de gens simples qui sont comme cela a répondu Anne Hui. Elle a dit être Hongkongaise mais très bien sentir naturellement les attentes d'un public chinois.
Découvrez sans plus attendre cette énergie créatrice au centre de deux tendances la Nouvelle Vague artistique et le film d'action des années 1980 avec la Rétrospective Hong Kong 20 ans /20 films jusqu'au 11 octobre 2017.
Trivisa - 2016 - Jevons Au, Frank Hui, Wai-kit Wong
Love in a puff - 2010 - Ho-Cheung Pang
The Grandmaster - 2009- Kar-Wai Wong
PTU (Police Tactical Unit ) - 2003 - Johnnie To (Chine)
Sabine Vaillant
DES RÊVES SANS ÉTOILES DE MEHRDAD OSKOUEI
Une jeune fille laisse sa main couverte d'encre tenue par une gardienne déposer ses empreintes sur un formulaire. Elle passe devant l'objectif pour être photographiée avant d'entrer dans la pièce de vie des jeunes filles du centre de détention et de réhabilitation de Téhéran.
Mehrdad Oskouei - Des rêves sans étoiles - 2016
La caméra capte le quotidien de ces adolescentes mais surtout retient leurs paroles et les moments d'intimités où chacune d'elles à son heure, offre sa vérité en toute liberté. Maltraitées, cabossées, battues, souvent violées, droguées, abandonnées, pas aimées, portant le fardeau d'être nées filles, parfois mariées et mères, ces adolescentes vivent sous le même toit.
Mehrdad Oskouei - Des rêves sans étoiles - 2016
Leur force réside dans les racines communes des blessures de leurs vies dont elles tirent la connaissance du manque chez l'autre et la compréhension de l'autre.
Mehrdad Oskouei - Des rêves sans étoiles - 2016
La vie s'écoule entre les repas, le sport, la prière, l'atelier de coiffure ou de marionnettes, le tribunal, l'information sur le Sida, les parloirs. La parole libre jaillit ponctuée par des images fortes souvent belles : l'oiseau témoin de la confidence, la neige, le bébé qui s'endort après le bain, le match de volley.
Mehrdad Oskouei - Des rêves sans étoiles - 2016
Elles restent ado malgré tout, chantent, dansent, pleurent, rient, écoutent de la musique, jouent dans la neige. Le temps passe les stalactites fondent laissant perler l'eau comme leurs larmes. La nuit bleue s'éclipse avec l'aube promesse d'un autre jour, Kathereh s'en va. Le nouvel an arrive.
Des rêves sans étoiles, documentaire de Mehrdad Oskouei repose sur la confiance des autorités du centre et des jeunes filles assortie de la promesse que le film ne serait pas diffusé à la télévision en Iran, et serait réservé aux festivals, universités, centres culturels. Des rêves sans étoiles un instantané vrai de la société iranienne révélé par des adolescentes à la dure vie et à l'avenir incertain.
Sabine Vaillant
Couleur Bulle